Reconnaître son homosexualité en Inde n’est pas chose facile. Les mentalités évoluent mais les préjugés demeurent. La culture indienne, avec sa forte tradition du mariage, n’accepte pas facilement les relations homosexuelles. La section 377 de la législation nationale criminalise «tout rapport sexuel contre nature» (non procréateur), et la peine peut aller jusqu’à l’emprisonnement à vie.

Mais selon Shaleen Rakesh, ingénieur, journaliste et activiste gay, c’est surtout un outil de chantage pour soutirer de l’argent aux «accusés»… Shaleen coordonne un centre d’entraide et de soutien pour hommes homosexuels (un demi-million à New Delhi, 25 millions dans tout le pays). Ses membres ont en moyenne entre 16 et 26 ans.

«Mais la situation a beaucoup évolué depuis cinq ans. Les mesures prises pour traiter les nombreux cas de sida ont largement contribué à sensibiliser la population à l’homosexualité. Les gens en parlent plus ouvertement, grâce aux lignes d’entraide téléphoniques.

On trouve de plus en plus de bars gays à Delhi, ainsi qu’un Festival annuel du film gay et lesbien, et nous allons très prochainement mener une importante pétition en Cour suprême pour changer le code pénal ! » Un des traits les plus marquants de la société indienne est le système ancestral des castes qui confine les classes les plus basses (les intouchables) aux tâches les plus ingrates et vénère les castes supérieures comme les brahmanes (prêtres). Le système (né 1 000 ans av. J.-C.) a été aboli par la Constitution, mais il existe encore aujourd’hui une séparation entre les castes pratiquant des métiers manuels et celles qui ont accès à l’éducation.

On peut changer de classe sociale, mais pas de caste. Ainsi, un brillant ingénieur de caste inférieure se voit encore souvent refuser la main de son amoureuse par la famille de celle-ci. Pour Arti, brahmane de 24 ans et gardien d’un temple hindou du sud de Delhi, c’est une autre histoire.

Des yeux profonds, un sourire éclatant et une grande fierté d’avoir suivi les traces de son père. Mais il travaille dans un temple «local», survit grâce à de maigres dons, n’a jamais reçu aucune formation scolaire poussée et connaît très peu l’anglais. Pas question pour lui de reprendre des études ni de se marier: trop peu d’argent. Il en rêve pourtant… Là, c’est la classe sociale qui intervient et non la caste.